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MARIE BONNIEC

L’inspiration de la nature constitue la base du travail de Marie Bonniec

depuis ses débuts . Les thèmes de fleurs , du paysage et de la nature morte offrent une permanence simple mais renouvelée par le choix des motifs -une ruelle , un panier de fruits , un port- qu’ elle transfigure dans les lignes de force des huiles et sous les caresses colorées du pastel . Les tableaux peints à l’ huile sont construits solidement par plans avec une géométrie male et sculpturale , d’ un pinceau qui conjugue la force du geste pictural avec des couleurs éclatantes.

Au travers de deux techniques transparait pourtant la meme énergie vitale de peindre et d’ exprimer un monde intérieur à la fois élégant ,précieux mais charpenté. Ainsi , une simple ruelle parée de la lumière du jour prend , sous le pinceau de Marie Bonniec , des accents précieux d’ or et de bleu turquoise.

Ailleurs , un petit port breton avec un personnage au pastel se souvient de Gauguin à son retour de Tahiti , alors qu’ il enflamme ses motifs de couleurs tropicales. C’ est encore Gauguin qui vient à l’ esprit lorsqu ‘ on observe cette

Nature morte sur une table aux fruits cernés de noir , rappel du cloisonnement des vitraux et dessins simplificateurs. Le bleu domine dans la palette de notre peintre , celui de la mer , des ardoises et des vitraux , avec son petit coté « Bretagne ». A l’ inverse , une atmosphère intemporelle baigne parfois dans une lumière dorée et des tonalites chaudes certaines de ses compositions.

Parmi celles-ci , une nature morte au panier doré fait songer a Chardin , peintre du XVIII ème siècle , dont la peinture décrit la vie silencieuse des objets et des fruits dans un espace clos et dans une lumière tamisée. Ici , une pomme , piquée par un ver , prend la stature d’ un personnage qui nous regarde avec la blessure de sa chair. Ce motif serait un clin d’œil à la corbeille de fruits du grand Caravage(1596, Pinacothèque Ambrosienne de Milan ) qui souhaitait hisser à la grande peinture les petites choses de touts les jours , aussi humbles qu’ une pomme avec les marques de sa réalité. Le fruit peint par Marie Bonniec trone au milieu des autres qui lui font un écrin de velours dans la douceur des courbes. Elle en dit long cette pomme, symbole du péché originel, fruit défendu tellement convoitée par les peintres parmi lesquels Cezanne qui l’étudia à maintes reprises dans sa quete de la solidité des formes. L œil s éloigne de ce monde feutré lorsqu’ il voyage dans les tableaux de fleurs. La touche sure découpe les plans, la matière généreuse

Conduit des bleus sonores et des roses francs sur toute la surface jusqu’ au bord du tableau, affirmant ainsi une prééminence plastique dans la démarche du peintre, un désir de traduire le monde en peinture , de le faire peinture jusqu ’à ses limites figuratives. Ainsi, tel vase de fleurs est avalé dans sa partie supérieure par la peinture pure, morceau vibrant de lumière qui évacue le motif. La question n est pas de confiner ou non a l’ abstraction mais d’ atteindre l’ idée totale et pure que l’ artiste se fait de la peinture , cette peinture qui l’ habite intimement et qui prend réalité dans ses tableaux muris avec passion et guidés par une patiente recherche sans laquelle n’ est point d’ artiste.

Isabelle Marcade

Le 31 mars 1999 .

Nous accueillons aujourd ‘ hui, à Trévarez ,les œuvres de Marie Bonniec.

Marie Bonniec peint les fleurs comme Zeuxis , le peintre grec , peignait les raisins.

Selon les textes grecs , Zeuxis peignait si bien les raisins que les oiseaux venaient les picorer. On me dira , l’ art n’ est pas la réalité. Tout de même…Jean Cocteau , à propos des poissons rouges de Matisse disait : « Les poissons rouges de Matisse sont des poissons rouges mentis ». L’ on pourrait dire des fleurs de Marie Bonniec qu’ elles sont des fleurs menties. L’ art est un mensonge , un merveilleux mensonge qui , parfois , transforme la réalité : il est fort possible que , après avoir vu les œuvres de Marie Bonniec , on ne voit plus les fleurs de Trévarez et les paysages de Bretagne de la meme manière.

L’ art , accédant à une certaine maitrise de la forme , met en doute le réel . Le poète

Yves Bonnefoy dit ceci : « J’ai trouvé refuge dans un musée. Dehors le grand vent melé d’ eau règne seul désormais , secouant les vitres. Dans chaque peinture me semble -t-il , c’ est comme si Dieu renonçait à finir le monde. » C’ est , sans doute , dans cette mesure que les représentations de la fleur de Marie Bonniec font d’ une certaine manière , naitre les fleurs a elles memes , et ainsi renouvellent notre regard sur les choses.

Le centre des œuvres de Marie Bonniec est peut-etre ce jeu avec le regard du spectateur. Les mouvements de forme les couleurs induisent le déplacement

intime du regard. Le spectateur cherchant l ’ image de la fleur se trouve face à des référents qui lui échappent. Il doit donc trouver en lui-meme le sens des couleurs et des formes. Le thème de la fleur ou le thème du paysage , deux objets naturels, amène le regard dans un monde ou tout est forme et couleur.

En décalant notre regard sur les fleurs et sur le paysage , en réinventant les formes de la fleur , les formes du paysage ,Marie Bonniec redonne un sens aux fleurs dites naturelles. Ainsi pourrait-on dire que « parfois la nature imite l’art. ».

Je finirai par cette phrase de Marguerite Duras décrivant son acte d’ écriture : « Les gens qu’ on connaît , on ne les connaît plus. Les gens qu’on ne connaît pas, on croit les avoir attendus… ».

On ne connaissait pas les fleurs de Marie Bonniec , on croit les avoir attendues…

 

 

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